Blabla #3 – En quête d’éditeur

Avant d’attaquer l’écriture de cet épisode de journal de bord, j’ai relu le précédent, écrit en juillet 2020… il y a plus de 9 mois !

Je ne croyais pas si bien dire quand j’annonçais une rentrée sous le signe de « Comment (ne pas) réussir à concilier travail et écriture »…

J’aurais dû flairer que ça donnerait plutôt : comment (ne pas) réussir à concilier travail, écriture et blogging. Parce que le moins que l’on puisse dire, c’est que ma présence par ici a été sporadique…

Retour sur les derniers mois d’écriture (et autres joyeusetés).


Résumé des épisodes précédents

Comme ça fait longtemps, je vais faire un résumé express de TOUS les épisodes précédents (pour plus de détails, je vous invite à lire le Blabla #1).

J’ai commencé à écrire mon roman — une dystopie sur le monde du travail — en 2017. La préparation et l’écriture du premier jet m’ont occupée à peu près autant de temps que la gestation d’un bébé, ce qui à l’époque me semblait énorme, mais clairement, ce n’était qu’un début (comme pour les bébés, en fait).

Parce qu’après, il y a eu la réécriture. J’y ai consacré environ deux années, qui correspondent aussi à la période où je suis redevenue étudiante (coucou le Master Création Littéraire).

Et puis nous arrivons à ce fameux jour de juillet 2020, où je vous ai laissés en plan.

Plus précisément, dans cet épisode, je racontais les derniers ébats avec mon texte avant de le soumettre au jury de mon Master. Au menu : orgasme, crise de confiance, torticolis et réconciliation avant le tant attendu départ en vacances. Une belle romance.

Et maintenant ?

Minute, papillon.

Pour ce grand retour, je ne vais pas bâcler 9 mois en quelques lignes.

Ça vaut au moins 2-3 paragraphes. Histoire de me dire que je n’ai pas rien foutu pendant ce temps (on se rassure comme on peut, hein).

Et comme c’est le printemps, et que je me sens d’humeur poétique, je vais suivre le cours des saisons.

Quand vient la fin de l’été…

Après la plage et le rosé… il a bien fallu rentrer.

J’ai un peu de mal à me souvenir de mon état d’esprit à ce moment-là, mais je crois que j’avais comme un petit goût rance dans le fond de la bouche.

Déjà, parce que je reprenais un travail, et que je revenais au même endroit que celui où j’avais débuté mon immense carrière ­— pour l’ego, y’a mieux.

Ensuite, parce que je savais que le Master, c’était terminé. Que bientôt se poserait la grande question : et après ? (à laquelle je n’ai toujours pas de réponse, d’ailleurs)

Et puis, dans l’immédiat, il fallait que je boucle mon roman avant le 31 août en vue de la soutenance. J’étais alors partagée entre la décision que j’avais prise en juillet, à savoir accepter de rendre quelque chose de pas tout à fait fini, et mon envie de finir quand même.

Pour vous donner une idée de mon tiraillement, je vous livre un extrait de mon journal d’écriture :

« Je fais au minimum. Je ne cherche pas à étoffer ni à faire un truc génial… juste ce qu’il faut pour que la lecture ne soit pas perturbée. Je sens qu’il faut que je lâche ce bouquin. En relisant, je trouve des décalages de style entre des parties écrites à différents moments, mais si je commence à vouloir changer ça, je suis bonne pour tout réécrire… et à un moment donné, il faut que ça s’arrête. Il faut que je me raccroche à mon impression de relecture sur liseuse : dans l’ensemble, c’est plutôt bien. Ne pas faire une fixette sur des trucs. »

… surgissent les couleurs de l’automne…

Finalement, j’ai réussi à combattre mon syndrome de la bonne élève, et je l’ai bouclé, ce projet de création.

Champagne, quand même.

(L’avantage, avec l’écriture, c’est que chaque étape passée est l’occasion d’un petit apéro pour fêter ça — et il y a quand même pas mal d’étapes)

Heureusement, je n’ai pas trop eu le temps de ruminer jusqu’à la soutenance, prévue fin septembre. Le boulot et la préparation d’un projet secret (!) ont englouti mon temps et détourné mon attention.

28 septembre : soutenance !

Jour du débarquement… des doutes !

Juste avant la soutenance, je n’en menais pas large. Comme je l’ai expliqué sur les réseaux sociaux, j’étais sûre de pouvoir expliquer mon cheminement, mon processus, et de justifier de tout mon travail, mais j’avais en moi une peur terrible, qui peut se résumer à peu près ainsi :

Et si ça ne leur plaisait pas ?

Encore une fois, la confrontation au regard de l’autre me paraît un des aspects les plus difficiles de l’écriture.

Une fois que c’est passé, on relativise. Mais sur le moment… Mamma mia que c’est dur !

Allez.

Sonnons le glas du suspense.

La (visio)soutenance s’est extrêmement bien passée.

J’ai déroulé mon spitch et attendu le verdict, accrochée à mon siège comme à la vie. Je m’attendais à des questions piège, à un truc hyper-universitaire, mais non. Pendant quelques minutes, j’ai eu en face de moi deux lectrices, qui me disaient avoir adoré mon livre. Qui ne voyaient pas pourquoi je disais que ce n’était pas terminé. Qui m’ont couverte d’éloges et m’ont dit avoir hâte qu’il soit publié.

J’étais tellement abasourdie qu’après ça, j’ai noté toutes les remarques qu’elles m’ont faites. Pour m’en souvenir.

Pour les relire à l’envi.

Parce qu’il faut savoir savourer les petites victoires comme les grandes.

Et parce que ça fera un bon rempart quand le doute reviendra (parce qu’on le sait, il revient toujours, le fourbe !).

Meilleur rempart contre le doute

19 octobre : collectif !

L’autre grand événement de l’automne, ce fut le lancement d’un collectif d’écriture monté avec 9 camarades du Master… le Collectif Murmuration.

On y travaillait depuis le début de l’année, à coups de réunions par-ci et grosses réflexions par-là.

On va pas se mentir, c’est pas toujours évident de tomber d’accord, de mettre nos envies au diapason ; il y a de nécessaires tâtonnements, ajustements — même encore aujourd’hui, près de 6 mois après le lancement. Mais c’est un beau projet, qui me stimule beaucoup.

C’est aussi une façon différente de penser la création. Sortir de son cocon individuel pour se frotter au groupe. Tester de nouveaux formats. Grandir ensemble. Prolonger l’émulation collective née des deux années passées ensemble sur les bancs de l’université…

Je n’en dis pas plus et vous invite chaleureusement à visiter le site que nous avons créé, sur lequel nous publions créations et articles.

En ce qui concerne mes contributions, j’ai écrit une courte nouvelle sur un drôle d’oiseau, un billet sur la figure de l’écrivain en travailleur (republié ici), et participé à une création collective qui mêle texte, musique, voix, chant et vidéo.

En ce moment, je peaufine mon « Vol Plané » (carte blanche), qui sortira en juin. J’explore un terrain qui me fait de l’œil depuis longtemps : la poésie sonore. Ou le slam, si vous préférez. Affaire à suivre…

Ah, les belles couleurs de l’automne…

…  bien vite englouties par l’hiver…

Pendant tout ce temps, mon manuscrit est resté bien au chaud dans un tiroir. Et moi sous un plaid.

Nous étions arrivés en novembre (triste période où l’on a considéré que la culture était non-essentielle) et je ne m’étais toujours pas attelée au dernier travail qu’il me restait à faire : finaliser le manuscrit et l’envoyer à des éditeurs.

Final countdown

Malgré les compliments du jury, je considérais qu’il restait encore des choses à revoir. Notamment cette scène de confrontation finale – déjà réécrite mille fois – qui n’avait pas tout à fait convaincu mes dernières lectrices.

Il faut dire que j’avais eu l’idée (qui me semblait brillante sur le coup) d’écrire une partie de cette scène sous la forme d’une scène de théâtre, étant donné que le titre de mon roman était… Le théâtre des gens heureux.

Oui. Bon. On fait tous des erreurs.

Pour me motiver, j’ai usé de la technique de la carotte et du bâton (en l’occurrence plutôt du bâton) et je me suis engagée auprès de mon chéri à terminer avant le 30 novembre, faute de quoi il m’infligerait le visionnage de films de zombies.

Ça a marché… plus ou moins bien.

J’ai dépassé la deadline, mais au moins ça m’a évité de me noyer dans un verre d’eau (= vouloir encore tout reprendre).

Je n’ai toujours pas vu de film de zombies, mais chut !
Il y a des yeux indiscrets qui traînent.

Le grand bain de l’édition

Juste avant Noël, j’ai envoyé mon manuscrit à 2 maisons d’éditions, histoire de pouvoir me regarder dans une glace et de me dire : « Bravo, meuf, t’as terminé ton roman en 2020. »

(Oui, parce que pour moi, tant qu’il n’était pas envoyé, il subsistait le risque que j’y remette mon nez, et ça non-non-non)

Mais dans les faits, c’est surtout en février-mars que j’ai plongé dans le grand bain de la quête éditoriale.

Les autres auteurs, j’ai l’impression que ça leur prend 10 jours de faire ça, mais moi… Vous commencez à me connaître, non seulement je ne suis pas une rapide, mais en plus je me pose 10 000 questions. Donc ça m’a pris des plombes.

Surtout que mon ami le doute est revenu. Histoire de pimenter tout ça.

(Je vous l’avais dit qu’il revenait toujours !)

J’avais l’impression qu’il existait un ABYSSE entre les publications que je voyais sur les sites des éditeurs et mon pauvre petit manuscrit.

Dans les conseils récurrents, on te dit qu’il faut étudier les lignes éditoriales. Soit. Mais comment tu fais quand lire un livre te prend au bas mot plusieurs semaines ? Et que ça ne reste qu’UN livre d’UNE maison ? D’où tu comprends la ligne éditoriale de quoi que ce soit sans y passer ta vie ?

C’est là que je me suis rendu compte que je ne lisais que des livres issus des très grandes maisons d’édition… ce qui m’a pas mal questionnée, dans ma pratique de la lecture.

Bref.

Vous me voyez venir.

Je me suis un peu égarée dans cette quête.

Et puis, j’ai fini par me dire : OSEF. Je n’en fais qu’à ma tête, je ne me limite pas à 5 éditeurs comme-c’est-conseillé-sur-tous-les-sites et j’envoie au feeling, sans avoir nécessairement écrit une bible sur chaque éditeur au préalable.

Et là, tout de suite, non seulement c’est allé vachement plus vite, mais c’était bien plus plaisant.

Aujourd’hui, j’ai envoyé à 18 éditeurs, des gros, des moyens, des petits, des généralistes et des spécialisés dans l’imaginaire (parce que j’ai du mal à réduire mon roman à une seule case…) et j’ai reçu déjà 3 réponses.

Négatives, bien sûr.

Mais dans le lot, j’ai quand même eu un semi-compliment d’une grande maison, qui m’a fait des guili-guili dans le ventre :

« En effet, si l’écriture est maîtrisée, il nous a cependant semblé que la mise en œuvre romanesque était peut-être un peu fragile. »

J’aurais pu rester bloquée sur la deuxième partie de la phrase, mais j’ai choisi de ne garder que la première. « L’écriture est maîtrisée ». Il se trouve que mon plus gros point d’angoisse, c’est le style. Donc là, je repars dans ma quête avec une barre d’énergie remontée à bloc.

… Heureusement, le printemps.

Aujourd’hui, je suis à un carrefour.

Je tourne doucement la page d’un roman qui a occupé 3 ans de ma vie. Je ne sais pas trop ce qu’il y aura ensuite. Je ne ressens pas encore le besoin de me plonger dans un nouveau projet long, type roman. Besoin de souffler. De recharger les batteries créatives. Avec de la poésie, l’expérimentation de nouveaux formats (audio ?), des formes courtes.

Je travaille à temps partiel, et je me demande encore et toujours comment donner davantage d’espace à la création dans ma vie. C’est sûrement le questionnement de toute une vie… alors je vais tranquillement continuer ma route. Et essayer de vous envoyer des cartes postales, de temps en temps, comme à de bons vieux amis.


J’arrive à la fin de ce – très – long article.

J’espère ne pas en avoir perdu quelques-uns en route.

J’espère surtout que vous êtes toujours là, malgré les mois d’absence.

Je ne vais pas faire de promesse de régularité parce que je sais que ce n’est pas mon truc. Pour moi, il faut que ce blog reste un espace d’envies, de spontanéité, de partage « quand c’est le moment ». Il me plaît bien comme ça. À vous aussi ?

Image d’accueil : Micheile Henderson sur Unsplash

7 commentaires sur “Blabla #3 – En quête d’éditeur

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  1. En informatique, on parle du syndrome du 99% (le programme est terminé à 99%, il sera bientôt prêt…. et il n’arrive toujours pas, y’a toujours un dernier bug à corriger, etc). En fait, c’est vrai pour toute création, la perfection n’est pas pour nous pauvres humains. C’est mieux d’en prendre son parti et de continuer à avancer. Bon courage Juliette pour la recherche d’un éditeur !

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Répondre à Kerjul fait de la prose Annuler la réponse.

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