La page noire

L’autre jour, en écoutant un podcast qui parlait du syndrome de la page blanche, j’ai eu cette pensée :

Et s’il existait un syndrome de la page noire ? La page qu’on a déjà écrite, trop écrite, et qu’on n’arrive plus à toucher ?

Parfois, je ressens ça. Je me mets devant l’ordinateur, j’ouvre mon manuscrit, et je reste bloquée un long moment devant ma « page noire ».

Pourtant, je sais ce que j’ai à faire : réécrire ce passage, rajouter tel élément pour l’intrigue, nuancer tel dialogue… mais je n’arrive pas à me lancer.

Comme si tout allait s’effondrer au moment de toucher au manuscrit. Comme si j’avais peur de briser l’édifice fragile des mots.

J’ai l’impression que les « briques » du roman sont trop soudées les unes aux autres pour oser en retirer une seule.

Heureusement, c’est un sentiment qui ne dure pas.

Comme le syndrome de la page blanche, il est possible de le surmonter… en prenant un peu de hauteur, en dédramatisant.

Après tout, ce ne sont que des mots.

Toi aussi, ça t’arrive ?


Texte publié sur Instagram le 9/06/20.
Image JK

Petite précision : 
Je me suis pas mal interrogée sur l’usage de cette expression, « la page noire », surtout dans le contexte actuel, où on parle de décoloniser la langue. 
Et puis, je me suis dit qu’il n’y avait pas de hiérarchisation entre page blanche et page noire. Pour le coup, ça décrit « physiquement » l’état d’une page : si elle est remplie de caractères d’imprimerie ou non. 
J’ai donc estimé que c’était ok d’utiliser cette expression. 
Mais si tu as un avis différent, je suis toute ouïe ! (J’ai encore des progrès à faire en la matière.)

8 commentaires sur “La page noire

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  1. Salut Juliette ! Oui après tout, ce ne sont que des mots ! 😅 Je plussoie tellement ta phrase de fin, on n’y pense pas assez 😂 Je crois que c’est un exercice difficile d’être sa propre éditrice, aussi — à amasser les mots, on finit souvent pas n’y voir plus très clair… et dans ces moments, c’est utile de laisser les choses reposer, ou, comme tu le dis, de prendre de la hauteur !

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    1. Salut Magali ! Merci beaucoup pour ton passage par ici et ton petit mot 🙂
      C’est vrai que ça rend un peu marteau d’être son propre éditeur ! C’est peut-être pour ça que j’espère un jour bénéficier du regard d’un « vrai » éditeur, pour m’aider à prendre du recul ! À bientôt

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    1. Oui, bien sûr ! Mais à mon avis, il faut différencier les moments où « objectivement », le manuscrit peut encore être travaillé (et nettement amélioré) et les moments où c’est juste l’auteur qui ne veut rien lâcher, et qui pinaille sur des détails…
      Quoiqu’il en soit, oui, je suis d’accord, c’est toujours de l’écriture 🙂

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  2. Je vois exactement de quoi tu parles, c’est chouette d’avoir mis un nom dessus ! Je soigne beaucoup mon premier jet, ce qui fait qu’une fois qu’il est là je n’ai plus tellement l’envie et la motivation d’y retoucher, et alors quand il s’étale sur des dizaines de pages je ferais n’importe quoi pour procrastiner. Je l’ai résolu en passant de Word à Scribbook, car au lieu d’avoir un énorme document avec du Times New Roman sur page blanche comme si c’était un roman, j’utilisais une police un peu moche sur fond beige, et les textes étaient petits car fractionnés par chapitre. Du coup, ils étaient moins intimidants car ils avaient l’air en chantier. (au fait, j’ai écouté plein d’épisodes de la page blanche cet été, et je viens de me rappeler que j’ai découvert le podcast grâce à cet article ! merci !)

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    1. C’est une bonne technique ! L’aspect « chantier » peut en effet aider à retravailler dessus… je fonctionne comme ça aussi, en découpant en plusieurs fichiers, et en gardant toujours trace de mes versions précédentes (l’idée que ce soit perdu à jamais me bloque, haha) !
      C’est marrant, j’ai fait l’inverse : premier jet sur Scribbook, et retravail sur word… 😊

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