Je rêve d’un monde fait d’errances

car c’est dans l’errance

qu’on trouve le mieux son chemin

dans le creux de la vague
barbouille un papillon
et moi
sans comprendre que le silence est bleu
je me perds dans une forêt de sons

il est possible
que ça moucheronne sous la barque
que les chuchotis n’arrêtent pas de bourgeonner
— je m’éparpille entre leurs doigts collants

furtive
je traverse la frontière pour te reconnaître
dissimulée sous un voile de brume

bouffée d’enfance

Le soir me fait la peau

Et faudrait continuer
comme si
la route n’était pas coupée

Comme si
l’absence de vision
ne nous asséchait pas

Comme si
sans essence
sans ciel

Nous pouvions nous éprendre
de Demain

L’arbre à syllabes
Siffle dans le vent

De phonème en voyelle
Je saute – Ça l’amuse

Ses feuilles m’enveloppent
De leurs murmures

Clac ! Un grand coup
Tout s’envole

La nuée est partie
Je reste branche

Au creux de l’hiver

Je vois les mots flotter.
Là et là.
Ils sont détachés les uns des autres.
Ils ne veulent plus rien dire.
Ils ne me disent plus rien.
Ils ne disent rien.
Ne sont rien.
Rien que des mots.
Dans le vent.
Des mots vains.
Des mots-rien.
Des rots-mains.
Des romains ?
Des morts, hein.
Des hauts miens.
Haut-les-mains !
Vauriens.
Or et vin.
De l’or et du vin.
On y vient. Quoiqu’on fasse, on y revient : de l’or et du vin.

Foutus humains.

Hier était le demain d’avant-hier
Demain sera hier pour après-demain
et sera la veille du lendemain

Ici est le là-bas de tout à l’heure
Là-bas était ici à ce moment-là

Maintenant sera bientôt l’autre jour
Puis seulement un jour ou un soir

Je pour toi est un autre
Toi pour moi est une autre
Alors que pour toi c’est je
Et moi je ne me sens pas autre

Si je dis qu’elle est rigide ça pourrait être elle
Ou bien seulement la chaise

Il est souple
Qui ? Le contrôleur ou le classeur ?
Elles sont vicieuses
Qui ? Les commères ou mes douleurs ?

Je m’y perds – Tu t’y perds, me dirais-tu

Et là se brouillent
Les frontières du langage

Je marche dans tes pas et nous irons danser
danser au coin de la rue
Tu sais cette rue aux angles arrondis
celle qui refusait les lignes de la ville

celle qui ne voulait que chanter et danser
toute la nuit et tout le jour
car ce serait triste de n’avoir que la nuit pour danser
(pourquoi donc faudrait-il s’arrêter au petit jour?)

Je marche dans tes pas et nous irons danser
Ta nuit sera mon jour et je me demande parfois si ta nuit n’est pas plus lumineuse
Ta nuit comme un tango
Un souffle qui ne s’épuise pas
Ses gancho et boleo et ocho et abrazo

Tu me respires je te plisse tu m’aspires
je t’arrime et t’assouplis sous ma peine à l’envie – à l’envie
Je te vie je te nuit je devine toi qui tangue et tombe sous toi sous ton toit ou le toit du monde
le monde à toi ton monde
La nuit

Je marche dans ta tête je marche dans tes bras
sur ta peau et même ton orteil
Tout danse en toi
Rien ne marche plus chez moi

La rue a retrouvé ses angles ses arêtes
elle quadrille l’espace – mon espace
quelque chose a bougé quelque chose a changé
au début je ne sais pas quoi   à moins que si   ce ne soit ça        l’absence
l’absence de toi

Je vrille, je virgule
les lignes ne sont plus courbes les murs sont plats
je m’en retourne chez moi
chez moi ce n’est plus    ce n’est pas    alors je ressors et je marche
je marche dans rien    plus rien de toi    je fais taire mon pas

La nuit est sous terre
Tu danses là-bas
Là où est la fête
J’irai avec toi

écrire avec
écrire avec ce corps inconfortable
écrire avec ça
écrire avec soi
écrire avec ou sans
écrire avec ce sang

Sentinelle du mois

écrire l’invisible
écrire le caché

écrire ce premier jour de règles

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