À quoi ressemble le début d’un nouveau projet ?
De temps en temps, il me vient l’envie de vous faire un petit update de là où j’en suis dans l’écriture, et plus généralement dans la vie.
Quand ça arrive, je saisis l’envie au vol avant qu’elle ne s’évapore… car elle est souvent fugace !
J’ai remarqué que ces articles surviennent à un moment où j’arrive à prendre une respiration, à faire une pause dans la course effrénée qu’est (parfois) la vie…
Ces pauses sont l’occasion pour moi de regarder dans le rétroviseur et de mesurer le chemin parcouru. C’est souvent moins terrible que ce que je m’imagine en cours de route, quand j’ai l’impression de tirer la langue et que rien ne va.
L’introspection… la clé du bonheur ?
Printemps 2021 : le sursaut créatif
Reprenons là où j’en étais restée.
Dans le dernier épisode de ce journal de bord, je disais avoir besoin de restaurer ma créativité, après 3 ans consacrés à mon premier roman.
Je pensais écrire des formes courtes, de la poésie, des choses sans importance, juste pour le plaisir. Je ne me voyais vraiment pas me relancer dans un projet long.
Bon.
À croire qu’il suffit de l’écrire pour que le contraire se produise.
Certes, j’ai bien bidouillé quelques formes courtes, dont ce poème audio créé pour le collectif… mais à peine 15 jours après avoir dit que je n’écrirais pas de roman tout de suite, j’en démarrais un.
Ironie du sort !
Gestation d’un nouveau projet
Le lendemain de la publication de l’article, j’ai noté ceci dans un carnet :
« J’ai beau dire que je ne veux pas de projet long, je crois qu’au fond de moi, il y a un truc qui me pousse à en avoir un… Comme s’il fallait toujours bosser sur un “gros” projet pour être légitime… Mais ce n’est pas une bonne raison. Avant de me lancer dans un projet long, il faut que je ressente un appel pour un sujet. Et je crois que je ne peux pas forcer le processus… en attendant, il faut continuer à écrire, nourrir ma créativité, rester en éveil, par tous les moyens. Je suis convaincue que c’est comme ça que le désir va naître. »
C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’expérimenter les « pages du matin » (= sorte de journaling), en me disant que peut-être, cela nourrirait ma créativité.
Et quelques jours plus tard, j’ai eu une sorte de révélation.
J’étais en train de lire La Vraie vie d’Adeline Dieudonné (génialissime) et je me demandais pourquoi ce livre me touchait particulièrement.
J’ai alors réalisé un truc : j’adore les romans écrits du point de vue d’un enfant (ou adolescent).
Si je fais le compte, la plupart de mes coups de cœur (tous arts confondus) ont cette caractéristique commune : No et moi de Delphine de Vigan, L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante, La Terre qui penche de Carole Martinez, Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, le podcast Entre de Louis Media, le spectacle La Sauvage de Sabrina Chézeau…
J’aime particulièrement quand le point de vue de l’enfant apporte un regard décalé sur le monde. Il y a une recherche d’absolu que je trouve belle, touchante. C’est aussi pour ça que j’adore le personnage de Luna Lovegood dans Harry Potter. Je crois que j’aime fondamentalement les personnages différents… qui mettent en lumière les absurdités de notre monde (comme le personnage de Lou dans No et moi qui ne comprend vraiment pas pourquoi on laisse des gens dormir dans la rue alors qu’on est capable d’envoyer des gens dans l’espace — c’est vrai, ça, pourquoi ?).
Cette prise de conscience s’est accompagnée d’une deuxième.
Quand j’écris spontanément, très souvent, je choisis un personnage enfant, ou adolescent.
J’ai des tas d’exemples. Notamment durant le Master Création Littéraire.
Lors d’ateliers d’écriture, il faut vite choisir un point de départ pour se lancer. Et moi, direct : un enfant.
Ces personnages ont aussi pour point commun d’avoir un regard un peu décalé sur le monde. Ils sont dans leur bulle, et ils y sont bien. Ils se fichent pas mal de ce que peuvent penser les autres.
Ça paraît assez fou, mais je n’avais jamais remarqué cette tendance. Ou du moins, je ne l’avais pas conscientisée, parce que pour moi, ces écrits ne sont pas « sérieux ». Ils sont juste là pour m’amuser. Ils ne comptent pas.
Il est vrai que je m’amuse drôlement à écrire du point de vue l’enfant/ado !
Je me permets des blagues, un langage plus familier, je me moque ostensiblement de certains traits « adultes »… chose que je ne m’autorise jamais dans un écrit « sérieux ».
Et donc, en lisant La Vraie vie, ça m’a semblé évident :
Mon prochain roman sera écrit du point de vue d’un enfant
J’ai ressenti le besoin de poser mes intentions par écrit, puisqu’elles étaient là.
Non pas que je souhaitais l’écrire tout de suite (non, non !), mais au moins, quand je serais prête, je pourrais relire ces notes, et savoir d’où partir.
J’ai donc attrapé le premier cahier venu et j’ai commencé à noter à peu près tout ce que je vous ai raconté plus haut, et toutes mes autres envies : écrire à la première personne, au présent, un univers réaliste avec un soupçon d’imaginaire, une touche d’humour…
Très vite, est arrivée une autre question :
Quelle histoire je veux raconter ?
Parce qu’un roman, c’est avant tout une histoire. Qui arrive à des personnages.
Et pour dire quoi ?
Parce que je fais partie de ces auteurs qui ont besoin de dire quelque chose du monde qui nous entoure. Pas juste une histoire cool.
Les réponses sont arrivées assez naturellement.
J’avais envie de regarder les problèmes des adultes à travers le regard d’un enfant. Et dans les problèmes des adultes, je sentais que je n’en avais pas encore fini avec le travail… (eh oui, chacun ses obsessions !)
De là, j’ai essayé d’imaginer une histoire. Rapidement, j’ai eu l’image de deux sœurs, une jeune adulte et une adolescente. L’une découvrant le monde du travail (et se débattant là-dedans) et l’autre l’observant s’éteindre progressivement, et voulant faire quelque chose, à son échelle.
Je ne vais pas vous en dire plus, pour ne pas divulgâcher (et parce que c’est susceptible d’évoluer !), mais en gros, j’ai déroulé la trame de l’histoire. J’avais une situation initiale, un élément déclencheur, des péripéties, deux points pivots, et une fin.
Je n’en revenais pas moi-même. Dire que j’avais mis 3 mois à pondre l’intrigue de mon premier roman ! (Pas du tout le même type de livre, mais quand même)
C’est là qu’on voit qu’avec l’expérience, on intériorise la structure d’un roman… et elle rejaillit toute seule.
J’avais même écrit une potentielle première phrase, que je vous mets ici juste pour le plaisir, parce que je ne l’ai pas gardée :
« Avant, avec ma sœur, on était comme cul et chemise. Elle était le cul et j’étais la chemise. »
Bon. Voilà. Je me suis amusée, quoi.

Le début de l’écriture
C’est arrivé un week-end où j’étais toute seule, dix jours après avoir posé ces intentions.
J’avais prévu de me reposer, lire, écrire un peu de poésie. En aucun cas de démarrer l’écriture de ce roman. Je voulais le laisser mûrir. Prendre mon temps.
J’étais bien. J’écoutais Ben Mazué en boucle, et je commençais une nouvelle lecture, Ma Reine de Jean-Baptiste Andrea.
J’ai adoré dès les premières lignes. C’était encore un roman écrit du point de vue d’un enfant. Il y avait ce regard décalé et cette dose d’humour que j’adore.
Ça a commencé à me donner plein de nouvelles idées pour le bébé-roman qui était dans ma tête. Il était à peu près 22 h.
J’ai voulu noter ces idées avant qu’elles ne s’échappent. Et puis, j’ai eu encore une idée de première phrase (celle-là, je la garde pour moi !).
Je l’ai écrite, en me disant que je m’arrêterais là. Sauf qu’une fois écrite, la phrase suivante est arrivée dans ma tête. Donc je l’ai écrite. Et puis la suivante, et encore la suivante…
Et c’est comme ça que j’ai écrit le premier chapitre de ce nouveau roman. De 22 h à 1 h du matin. Sur un cahier de brouillon, entièrement à la main.
J’en étais la première surprise. Sincèrement, je ne l’avais pas vu venir.
La suite de l’écriture
Passée cette fulgurance, je me suis demandé ce que j’allais faire.
Allais-je me lancer dans ce nouveau roman, alors qu’à la base je voulais prendre le temps de le laisser mûrir ?
J’étais à peu près certaine que je ne revivrai pas cette « magie » de la première fois, et pour autant, je n’avais pas envie de laisser le soufflé retomber.
L’histoire était là. Visiblement, elle m’appelait : autant l’écrire.
Mais comme j’étais toujours dans cette optique de ne pas me mettre la pression (et de restaurer ma créativité !), je me suis dit que je continuerais d’écrire ce roman au feeling, quand ça me chanterait.
Au début, ça a plutôt marché.
Les jours où je ne travaillais pas, j’essayais de me replonger dans un cocon propice à l’écriture (je gardais presque la lecture de Ma reine pour ces jours-là, en espérant que ça allait me « déclencher » un nouvel élan d’écriture !), et puis je me lançais.
Même méthode : j’ouvre le cahier, je débouche un stylo, je ne sais pas trop où j’y vais, mais j’y vais. C’était hyper plaisant.
Et puis, ça a commencé à moins bien marcher.
Je suis retombée dans un mode de culpabilité, où je me disais qu’il « fallait » que j’avance dans l’écriture de mon roman.
Sauf qu’avec cette méthode d’écriture quasi sans plan, je pouvais difficilement passer ma journée à écrire, puisque j’étais souvent bloquée et devais m’arrêter pour réfléchir à a suite.
J’écrivais « peu », et je m’en voulais.
(C’est fou ce qu’on peut se torturer tout seul, quand même ! C’est si dur que ça de rester dans le plaisir ? Apparemment oui.)

Été-Automne 2021 : transformer l’essai
L’été est arrivé, et pour moi, c’est souvent le moment du bilan.
Je venais d’accepter le prolongement de mon contrat pour une année supplémentaire, et je me demandais encore et toujours comment (mieux) concilier travail et écriture… Cela a amené la réflexion que je développe dans cet article : Suffit-il d’avoir du temps pour écrire ?
Je vous la fais en rapide : j’ai pris conscience de la nécessité de me créer de nouvelles habitudes d’écriture, réalistes et réalisables, qui tiennent compte de ma situation actuelle.
À partir de septembre, c’était décidé : je consacrerais ¼ d’heure tous les matins à mon roman.
Peu importe que ce soit de l’écriture ou de la prise de note, l’essentiel était de rester connectée à mon histoire.
Aujourd’hui, ça fait plus de deux mois que je tiens ce rythme, alors que par ailleurs j’ai été assez stressée par mon travail et que je n’étais pas loin de péter les plombs… et première surprise : je n’ai jamais été « en panne » d’écriture.
Je pense qu’au contraire, l’écriture m’a soutenue dans cette période, ce qui est assez inhabituel parce qu’en général, quand je me sens débordée, l’écriture passe à la trappe.
Très souvent, ouvrir mon cahier à 7 h 30 du matin me demande un grand effort, mais je me dis « Allez, de toute façon ce n’est qu’un quart d’heure, et tant pis si c’est mauvais* ».
* Petite référence à la chanson J’écris de Ben Mazué : « J’écris, tant pis si c’est mauvais, et tant pis si c’est perdu / C’est une question d’équilibre et c’est pas toujours pour être lu »
Une fois que je me lance, je me laisse totalement guider, sur le principe de « J’écris la phrase qui me vient, qui me donne l’idée de la suivante, etc. ». À la fin de la session, je suis surprise de voir que non seulement j’ai réussi à écrire (alors que ça me semblait impossible au démarrage), mais qu’en plus j’ai fait avancer l’histoire. Totalement jouissif pour démarrer la journée.
Autre surprise : alors que je m’attendais à avancer à pas de fourmis, j’ai réalisé que j’avais écrit davantage en 1 mois qu’en 2 mois au démarrage du projet, avant l’été. 7500 mots à coup de sessions de 300/500 mots…
Les petits ruisseaux finissent par faire de grandes rivières.
Bref.
Je crois que j’ai réussi à enrayer le vieux processus de la culpabilité. Les sessions très courtes m’obligent à ne pas juger ce que je suis en train d’écrire (parce que clairement, il n’y a pas le temps pour ça !). C’est aussi une façon de désacraliser l’acte d’écrire. Vu que la session est très courte, il y a moins d’enjeux qui pèsent sur elle : je ne vais pas foirer mon bouquin si les 300 mots que j’écris à ce moment-là ne sont pas bons. Qu’est-ce que c’est libérateur !
(Et d’ailleurs, ces 300 mots sont sûrement meilleurs que si je m’étais mis la pression en mode « Il faut que je réussisse cette scène »)
Lâcher-prise, liberté, jeu… J’aurais encore plein de choses à dire sur le sujet, mais je crois que je vais m’arrêter là. Cet article est déjà assez long comme ça… la suite au prochain épisode !
Et toi ?
Est-ce que tu te reconnais dans ce que je décris ici ? Ou pas du tout ? (que ce soit pour l’écriture ou autre chose, d’ailleurs !)
Je suis toujours fascinée de voir comment naissent les idées d’histoires… Elles semblent toujours venir un peu de nulle part, et pourtant, quand on y réfléchit, on se dit qu’elles étaient déjà là . Je me dis aussi que nous envoyons inconsciemment des messages à notre cerveau pour qu’il nous apporte ce qu’on veut ! Comme quand j’ai noté au mois de mai que finalement, j’aimerais bien avoir un projet long, mais qu’il me manquait un sujet… quelques jours plus tard, mon cerveau me donnait ledit-sujet.
N’est-ce pas magique ?
Photo de couverture : Frederick Medina – Unsplash
Autres photos : JK
Super ton histoire ! Ça me rappelle toutes les idées, certes liées au travail, que j’ai pu avoir dans un temps suspendu, lors de déplacements à vélo. On est un peu dans une gestuelle routinière et l’esprit est en « roue libre » … et les solutions aux problèmes sur lesquels on butait la veille apparaissent « toutes seules » 🙂
En cherchant de façon consciente des solutions, on a planté un décor, intégré des contraintes à respecter, déjà identifié des fausses pistes… Le décor du labyrinthe est posé, il vaut mieux le laisser reposer. Et le lendemain, sur le vélo, des solutions apparaissent !
C’est un peu comme les rêves, il faut vite les noter pour qu’ils ne s’envolent pas et repartent dans l’oubli. Dormir et rêvasser, la clé de la créativité ?
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Merci ! Oui, cette question de la naissance des idées concerne beaucoup de domaines, finalement, et pas que celui de l’écriture !
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