Blabla #2 – Les montagnes russes de l’écriture

Voilà plus d’un mois que j’ai publié le premier article de ma série Blabla. J’y parle de mon roman en cours d’écriture, ou plutôt de réécriture — et même de ré-ré-réécriture, si on va par là.

J’aime bien l’idée que ce rendez-vous ne soit pas trop fréquent.

Cela me permet de prendre un peu de hauteur et de ne pas trop verser dans le journal intime.

Parce que l’écriture a tout du parcours du combattant, avec ses phases hautes (très hautes) et ses phases basses (très basses), et qu’on aurait vite fait de tirer des généralités sur des états passagers.

Il faut dire que ce mois-ci, mon écriture a particulièrement joué aux montagnes russes.

Retour d’expérience.


Résumé de l’épisode précédent

Si tu prends le train en marche et que tu veux le résumé de TOUS les épisodes précédents, je t’invite à lire cet article. Promis, c’est pas long.

Quand je t’ai laissé la dernière fois, je commençais à retrouver l’appétit après une longue phase de digestion.

Si, si, je parle bien d’écriture.

En gros, j’ai mis du temps à digérer les retours de mes bêta-lecteurs.

Par la suite, j’ai recommencé à gribouiller sur mon carnet pour élaborer des plans sur la comète, c’est-à-dire : farfouiller l’univers, inventer une vie à des personnages secondaires, et chasser les deus ex machina* qui s’étaient incrustés à la fête.

En un mot, je retrouvais le désir.

(Je t’assure qu’on parle toujours d’écriture.)

Je veux dire : le désir de retravailler mon texte.

Restait à voir si le désir se concrétisait en plaisir, à savoir dans l’acte d’écriture lui-même.

(La chaleur me monte à la tête, je crois.)

*Deus ex machina = dieu descendu au moyen d’une machine = facilité de scénario. Dans le théâtre grec, ils aimaient bien catapulter un dieu pour dénouer une situation. Pratique.

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J’ai attaqué un nouveau carnet, n’est-il pas magnifique ?

Juin, la lune de miel

Oui, le titre est méga-spoilant.

(Ou en français : méga-divulgâcheur — merci les Québecois).

Si tu veux savoir la fin de l’histoire, tu peux sauter ce qui suit et aller directement au prochain titre, qui lui aussi divulgâche bien comme il faut.

Ou comment faire de l’écriture d’un roman, un roman.

Bref.

Je te le donne en plein dans le mille : en juin, c’était l’orgasme du siècle.

J’ai lâché mon super-tableau-excel-de-la-mort-qui-tue et j’y suis allée à l’instinct.

Ou presque.

Entre les milliards de trucs à revoir, il y avait le développement de l’antagoniste.

J’avais 2-3 idées dans ma besace, et j’y suis allée.

J’ai supprimé tous les chapitres écrits de son point de vue — même pas cinq — et j’ai écrit une première scène, où d’autres personnages ont surgi, puis une autre, puis une autre…

Et petit à petit, son histoire s’est étoffée, en fonction de ce qu’il arrivait au protagoniste. Jusqu’à la fin.

Je savais où ce personnage devait arriver. Je savais d’où il venait (en partie). Et puis, je l’avais déjà un peu apprivoisé, pour l’avoir écrit une première fois. Mais je n’avais pas jalonné les étapes. Je ne m’étais pas entièrement glissée à l’intérieur de lui. Je n’étais pas dans sa tête.

Pour la première fois, j’ai expérimenté une écriture mi-architecte, mi-jardinier.

Si ces termes ne te disent rien : architecte, c’est celui qui construit son histoire à l’avance ; jardinier, c’est celui qui construit son histoire au fur à mesure, en écrivant.

Et j’ai pris mon pied*.

C’était comme l’écriture du premier jet — cette part d’excitation et d’inconnu — mais sans l’angoisse du premier jet.

Parce que t’as déjà ton histoire. Parce que tu connais bien tes personnages. Parce que tu as déjà écrit le mot « Fin ».

Et surtout parce que, entre temps, tu en as parcouru du chemin, et tu fais plus confiance à ton écriture. Elle sort plus facilement.

(Pour toi qui viens d’arriver : c’est la toute première fois que j’écris un roman, chaque nouvelle étape est donc une découverte.)

J’ai eu environ 3 semaines de kif.

Et après, ça s’est dégradé.

*Note à moi-même pour un prochain projet : ne pas tout définir en amont. Se faire confiance.

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À cause de quoi, à ton avis ?

Juillet, ça se gâte

En juillet, je me suis souvenue d’un truc :

Ah ! mais en fait, il ne me reste pas beaucoup de temps…

Et même : vraiment pas beaucoup de temps.

(Autre rappel : je suis en Master Création Littéraire ; le 31 août, je dois rendre mon projet de création. Autrement dit, mon roman terminé.)

Au début, j’ai vécu dans le déni.`

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Je me suis dit que je pouvais accélérer la cadence, tout en restant dans le plaisir, parce que quand même, c’était trop bon.

J’ai même eu le toupet d’écrire un post Instagram où je me demandais comment concilier deadline et plaisir (haha).

Après tout, vu que l’écriture était plus facile, je me suis dit que je pouvais écrire plus.

Et ainsi terminer le chantier que j’avais entamé — et que j’étais contente d’avoir entamé, soyons honnête.

Parce qu’il faut dire les choses clairement : à ce stade, mon manuscrit ressemblait à un champ de mines.

OK, la comparaison n’est pas très heureuse : à ce stade, mon manuscrit ressemblait à un champ de patates. Et pas à une pelouse toute propre. (Mais bon, formulé ainsi, toi aussi tu préfères le champ de patates, non ?)

Les nouvelles scènes que j’avais écrites rendaient d’autres passages obsolètes, et donc il me restait pas mal de travail de réécriture pour que tout se tienne.

En dix jours, c’était chaud.

Chaud chaud chaud.

On était le 10 juillet : j’avais jusqu’au 20 juillet. Et après, une petite semaine fin août pour polir avant d’envoyer.

Il fallait aussi réfréner toutes les nouvelles idées qui me venaient — coucou, la boîte de Pandore.

J’ai donc courbé l’échine, et j’ai fait ce que je sais faire : bosser.

Mais le plaisir est parti… J’ai recommencé à avoir des doutes : c‘est bien beau, tout ça, mais ne suis-je pas en train de trop complexifier l’histoire ?

Et la machine a commencé à se détraquer.

Premier torticolis.

Pas grave. On continue.

Mon copain : Tu sais, si t’as encore besoin de travailler ton roman après l’été avant de l’envoyer à des maisons d’édition, c’est pas grave, hein.

Moi : Quoi ? Mais ça va pas ? J’AI DIT QUE JE TERMINAIS AU 31 AOÛT !

Au passage : big up à tous ceux qui supportent nos lubies d’écrivaillons au quotidien. Sans vous, ce serait une autre paire de manches.

Et puis, en juillet, il commence à y avoir des gens en vacances.

Dans ma tête, ça commence à se déchirer :

  • Il y a celle qui veut tout arrêter pour boire du rosé, faire la fête et aller à la plage ;
  • Et puis celle qui se smljflsmkjfslkdjf sur son objectif, qui ne veut voir personne pour ne surtout pas être dérangée dans son écriture, parce que bon, un rien la distrait. (Tu te rappelles mon petit texte sur le syndrome de la cabane ? Ben voilà.)

Deuxième torticolis.

Aïe.

Le copain du copain : Tu sais, pour ton Master, t’as le droit de rendre un truc pas fini. Ce qui compte, c’est ta démarche.

Moi : Oui c’est vrai, MAIS J’AI DIT QUE JE TERMINAIS LE 31 AOÛT, alors si les autres veulent faire ça, très bien, mais moi, non merci. Et puis, j’ai déjà écrit un mémoire en un été, alors bon, je sais faire.

Je change de stratégie.

J’arrête de m’acharner sur cette scène-de-la-fin qui me pose problème, et je me penche sur une autre scène que je dois réécrire, celle avec le père du protagoniste. De toute façon, tant que j’aurais pas clarifié ce truc, je peux pas réécrire la fin.

Je refais mes calculs : il me reste 4 jours avant de partir, si je réécris ça, ça et ça, j’aurai à peu près terminé ma grosse réécriture. Fin août, je reprends vite fait les quelques passages qui ne collent plus aux nouvelles scènes, et puis, ce sera bon. Tant pis pour le fignolage. Ce qui compte, c’est de rendre un truc qui tienne la route.

Je crois à peu près m’en sortir, à coups de récompense-glace et de récompense-plage.

Jusqu’à ce que :

Troisième torticolis.

L’avant-veille du départ.

(Pourtant, j’étais allée chez l’ostéopathe.)

OK, c’est bon. Je rends les armes.

J’accepte de rendre un truc pas fini.

Je présenterai ma démarche. Je dirai ce que je compte faire après. J’ai un roman presque fini, c’est déjà pas mal.

Et puis, surtout, je retiendrai une chose : en écriture, rien ne sert de courir.

Ce que j’arrive à faire dans un cadre pro ne fonctionne pas dans un cadre créatif.

Et quelque part : tant mieux. Il faut garder cette part de magie. Écrire n’est pas un travail comme les autres.

On peut toujours essayer de baliser au mieux le chemin de l’écriture, au final, ça ne se passe jamais comme prévu.

C’est toujours plus long. Plus complexe. Plus-tout-ce-que-tu-veux.

Et peut-être que les deadlines, c’est pas fait pour l’artistique. Ou du moins, c’est pas fait pour mon moi-artiste.

Sur ce, j’arrête mes digressions (et le vin blanc).

Je te souhaite un très bon été.

Je m’en vais recharger les batteries en Bretagne ; je te retrouverai à la rentrée pour un nouvel épisode « Blabla », ou pour un article sur un autre sujet, selon mon humeur.

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Ceci est une pub-pas-du-tout-mensongère pour la Bretagne.

Petit teasing : étant donné que je reprends un job à plein temps fin août, il y a fort à parier que j’écrive un truc sur Comment réussir à concilier travail et écriture, ou plutôt, me connaissant : Comment ne-pas-vraiment réussir à concilier travail et écriture. Mais bref, on verra ça plus tard. Pour l’instant, je me concentre sur la plage et le rosé.

Oui, je me baigne en Bretagne, je ne vois pas où est le problème.

Et oui, je délaisse la Méditerranée que je côtoie toute l’année pour la mer Manche, chacun son truc.


Et toi ? Comment se profile ton été ?

Par ailleurs, je tiens à te remercier : écrire cet article m’a fait beaucoup de bien, et sans toi pour me lire, eh ben… je ne l’aurais pas écrit. Et je serais partie l’esprit moins tranquille. Merci de me lire, donc.

Image d’accueil : Aarit Rao sur Unsplash
Les autres photos sont de mon cru.

12 commentaires sur “Blabla #2 – Les montagnes russes de l’écriture

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  1. Très bon article ! J’ai bien ri avec ton champ de patates ! 😀
    Tu as l’air aussi entêtée que moi, j’adore !!!
    J’aime beaucoup tes conclusions… Et je me reconnais aussi, parce que j’ai écrit mon mémoire de fin d’études en exactement 40 jours et c’est ce gros rush qui m’a permis de comprendre ma façon de travailler, de comprendre aussi que j’étais vraiment capable d’aller au bout d’un long texte et de me dire que du coup, peut-être qu’un roman, c’était dans mes cordes… 🙂
    Bon amusement en Bretagne !!!

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    1. Contente que ça t’ait plu ! Haha ça a parfois du bon d’être entêté, ça aide à terminer les projets entamés (et pour tenir l’écriture d’un roman sur la durée, faut une sacrée dose d’entêtement 😅). Mais parfois, il y a des entêtements stériles et il vaut mieux s’arrêter !
      Merci, et bel été d’écriture à toi ! (Il va sûrement te falloir pas mal d’entêtement pour finir ton premier jet d’ici fin août 😜)

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  2. Team Manche aussi ! (mais côté Normandie)
    Merci d’avoir partagé ton parcours, c’est très intéressant à lire 🙂 Se mettre des deadlines peut être motivant et pousser à se dépasser, mais c’est vrai que l’écriture est un processus qui garde quelque chose d’incontrôlable. Il faut quand même préserver sa santé (physique et mentale).

    Repose-toi bien !

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  3. Oui il est magnifique ce carnet ! Je vois très bien ce que tu veux dire par montagnes russes de l’écriture. Ça m’arrive aussi souvent, cette alternance entre phases d’enthousiasme et phases de découragement (je crois que c’est assez typique de l’activité d’écrivain). Pour moi c’est d’ailleurs ce qu’il y a de plus difficile dans l’écriture d’un roman : arriver à ne pas abandonner quand je suis dans une phase de découragement, ou alors quand je suis très tentée par un nouveau projet. Sinon ça doit être génial d’être en Master création littéraire, même si ce côté deadline aurait aussi tendance à me compliquer la chose au niveau créatif …

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    1. Merci pour ton commentaire et ce partage d’expérience ! Eh oui, on est plusieurs à subir ces montagnes russes 😅 j’espère que tu arrives à résister à la tentation d’abandonner… de mon côté, je suis assez têtue, je me dis que je suis beaucoup trop avancée pour lâcher l’affaire ! Et oui, j’ai bien apprécié le Master, quand j’aurai passé ma soutenance je ferai un article pour en parler un peu plus 🙂

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  4. J’ai adoré lire tes deux billets sur l’écriture de ton roman. Et ils m’ont tellement donné envie de le lire ! Je ne voulais pas écrire sur ce sujet parce que je me disais que ce ne serait pas très édifiant vu que j’ai l’impression d’voir tout fait n’importe comment, mais finalement tu me donnes envie de le faire ! PS désolée d’avoir rattrapé tout mon retard d’un coup sur tes articles, je n’étais pas très connectée cet été, je les lirai plus régulièrement à l’avenir, ils m’intéressent beaucoup ! Bisous profite bien de l’été !

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup !! C’était très chouette de lire tes commentaires d’un coup : merci pour ton enthousiasme et tes réflexions intéressantes 😀 (Et tu lis dans l’ordre que tu veux, haha, aucun souci)
      Oui, moi aussi je me suis demandée si ça intéresserait quelqu’un ce type d’articles ! Et puis je me suis aperçue que j’aimais beaucoup quand les autres partageaient leur expérience… alors pourquoi pas ! Si tu en ressens le besoin, je ne peux que t’encourager à le faire : c’est libérateur, et puis, c’est bien parce que chacun a une façon différente de faire que c’est intéressant ! (Je crois qu’on a tous un peu l’impression de faire n’importe comment, haha 😂)

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