Je ne sais pas si tu te rappelles, mais quand le déconfinement est arrivé, on a beaucoup parlé du syndrome de la cabane.
Les personnes concernées redoutaient de sortir de chez elles, par peur du virus, certainement, mais pas que.
C’est surtout qu’elles redoutaient de renouer avec la frénésie du monde extérieur. Ou d’accomplir des rites sociaux qui les ennuyaient… Au final, elles étaient très bien chez elles.
Je me demande si le monde n’a pas expérimenté, à plus grande échelle, un syndrome qui touche particulièrement les écrivains.
Quand je suis à fond dans un projet d’écriture, le plus souvent, je n’ai pas envie de sortir.
Car j’ai envie (besoin) de rester connectée à mon texte, et à chaque fois que je m’octroie une soirée entre amis, le lendemain, c’est la galère (même si je n’ai pas fait d’excès !).
Je ne suis plus « connectée » à mon texte ; il faut un certain temps avant que cela revienne.
Et donc, j’en arrive à limiter mes sorties, pour perturber le moins possible cette connexion.
J’aime bien cette idée de connexion, car elle sous-entend que c’est fragile et qu’il y a une part de magie qui opère…
Bien sûr, avec de la pratique, on peut écrire sans être connecté, mais c’est nettement moins agréable, et au fond, ce qu’on recherche tous, c’est cet état de flux intérieur, qui nous transporte et qui, le plus souvent, nous aide à accoucher de nos meilleurs textes.
Je ne suis pas très à l’aise avec ce syndrome de la cabane, parce que, objectivement, ce n’est pas très bien vu de refuser l’interaction sociale. Mais j’apprends à l’apprivoiser, peu à peu.
J’apprends à sentir quand c’est le bon moment de « sortir de ma cabane », et quand ça ne l’est pas.
Quand ça va me ressourcer, ou au contraire me vider.
Parfois, j’ai un peu peur de ça : ne plus jamais avoir envie de sortir.
S’enfermer avec les mots.
S’enfermer dans sa tête.
Mais quand j’y réfléchis, je ne pense pas pouvoir me passer de lien social. C’est ce qui nous définit, en tant qu’humains.
Et d’un point de vue purement littéraire, c’est ce qui nourrit la création.
Pour écrire, il faut vivre. Être au contact du monde.
Pour autant, il faut parfois se mettre à l’écart, se retirer du monde.
L’acte d’écrire est avant tout un acte solitaire. Il a besoin de temps long, il a besoin de s’extraire de la frénésie extérieure.
Quelque chose se passe à l’intérieur. Et c’est fragile. Parce que ça touche à l’émotion, au sensible.
Pour que la magie opère, il faut bâtir un écosystème intérieur, avec de la confiance, de la sérénité, et c’est pour cela qu’écrire ne se résume pas à une activité technique. Un courant d’air et tout se grippe.
Il faut parfois accepter de rester dans sa cabane, dans son cocon intérieur, comme la chenille dans sa chrysalide, ou la jeune pousse dans sa serre.
Et ne sortir qu’une fois qu’on est prêt.

Photos : JK.
Et toi ? Est-ce que cela t’arrive de ressentir ce syndrome de la cabane ? Ce besoin de limiter les interactions sociales pour rester « connecté » à ton texte ? Comment le vis-tu ?
Il y a un côté positif à cet effet cabane : vouloir être pleinement dans ce qu’on fait. Être pleinement dans l’écriture quand on écrit, et pleinement dans la vie par ailleurs. Et non pas un peu de chaque tout le temps : moi je n’y arrive pas…
J’aimeAimé par 1 personne
Oui, tout à fait ! Pareil, je n’arrive pas à jongler…
Et c’est vrai que c’est plutôt positif d’être entièrement dédié à ce qu’on fait !
J’aimeJ’aime
A mes yeux, le syndrome de la cabane est un vrai danger, qui va devenir de plus en plus grave (au Japon ça a l’air d’être une véritable épidémie). Pour peu qu’on soit un peu introverti, c’est tellement facile de glisser dans cet état d’esprit où les interactions et la confrontation au monde semblent si épuisantes. On a tellement de choses pour s’occuper et sociabiliser depuis chez soi, surtout quand on est créatif… on peut si vite oublier ce qui donne du sens à notre existence. Et j’ai remarqué un phénomène étrange qui fait que la plupart du temps, si je refuse une sortie pour avancer sur quelque chose, j’avance très mal et je regrette mon choix. Donc priorité à la vraie vie, toujours !
J’aimeAimé par 1 personne
Oui, je comprends ta vision des choses, et moi aussi ça peut me faire un peu peur… mais je pense qu’on peut distinguer les moments où c’est important pour soi de rester dans sa bulle (les extravertis régénèrent leur énergie au contact des autres, tandis que les introvertis ont besoin de moment de solitude pour se régénérer) et d’autres où ce serait délétère pour soi… quand c’est simplement par peur des autres.
Perso, j’alterne les deux 🙂 (là je viens de refuser une sortie plage, parce que je sais que j’ai déjà bien profité ces vacances et que c’est ma dernière ligne droite pour avancer sur mon projet 🙂)
J’aimeAimé par 1 personne