Tu embrasses tout et tu caresses loin

C’est un relief cosmique dans lequel tu t’ébroues, et par lequel des morceaux de toi s’échappent et s’éparpillent. C’est ta façon à toi d’attraper les étoiles.

Tu ne te contentes pas de sauter, d’essayer d’atteindre, de tendre le bras vers… tu contournes aisément l’obstacle physique. Chez toi il n’y a pas de frontière, c’est un concept totalement dépassé, démodé.

Tu embrasses tout et tu caresses loin. Ça ne te coûte rien, ce n’est pas une question de vouloir, ni de pouvoir, tu es comme ça. Tu n’as plus besoin d’être dans ton corps. L’enveloppe charnelle ne te retient pas. Elle est trop étroite pour toi. Tu danses en-dehors d’elle, tu éclates les vaisseaux sanguins, les os, les tendons, les organes, tout ce que la science a mis dans des cases, des boîtes hermétiques dont plus rien ne sort. Plus rien, sauf toi, depuis ce jour.

Je me souviens parfaitement de ce jour où tu n’as pas pu te taire. Non pas que tu te taisais, avant, mais à partir de là ça a été autre chose. Tu as aimé sans limite, sans condition. Plus seulement moi, mais lui, mais elle. Lui, aussi bien le timide au fond de la salle, que lui, le lavabo, que lui, le chien, que lui, le cloporte. Elle, la doyenne, la rêveuse, la girafe, la tâche, la semelle, la cellule.

Tu as tout arraché, les mots de leur concept, la voix de l’individu, l’individu du groupe, le groupe de la communauté, la communauté de la nation… Tu as renversé l’univers, sans même en avoir la prétention. Ce n’était plus possible pour toi de faire autrement.

Tu ne t’es plus embarrassée de ces notions périmées telles que le temps, la vitesse, le poids, la pression, la gravité. Ralentir, c’était mourir. Et mourir n’était plus possible. Même vivre n’était plus possible, puisqu’il n’y avait plus de durée. Tu es au-delà de tout ça ; tu es bien plus que ça.

Tu n’as plus besoin d’écouter, car écouter suppose qu’il y ait encore des limites, une frontière entre toi et l’autre, et tu t’es débarrassée de ça. C’était trop encombrant. Beaucoup de choses sont devenues obsolètes pour toi – tout ce qui nécessite un dedans et un dehors. Tu n’as plus besoin de saisir, porter, marcher, grimper, courir, nager, ni même apprendre, puisque tu sais déjà, tout est déjà là, c’est là et c’est toi.

Alors, tout serait fini ? Non, bien sûr que non, plus que jamais, tu sens, tu rêves, tu es, tu as, tu veux, tu n’arrête pas de vouloir, de t’étendre, de penser, la parole est devenue ta pensée puisque tu n’as plus besoin de parler, tu es tombée dans cet infini et tu n’as jamais été aussi bien. On ne peut plus rien t’enlever, on ne peut plus rien te prendre.

On ne peut plus te voler.

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